Ce bouleversement ne sera pas seulement social, il sera d’abord existentiel

 

Der nachfolgende Text ist ein Ausschnitt aus einem Gespräch, das Julien Coupat und Mathieu Burnel in den vergangenen Wochen (Juni 2016) mit der Netzzeitung „Médiapart.fr“ über die derzeitigen „sozialen Kämpfe“ in Frankreich geführt haben.

Sur un mur parisien, après une manifestation, on pouvait lire le tag suivant : « La présidentielle n’aura pas lieu. » Vous pensez qu’un blocage total est possible ? Qu’est-ce qui pourrait provoquer le coup fatal ?

Ce qui fait défaut aux mobilisations en cours est de nature affirmative. Nous n’arriverons pas à transpercer l’obstacle qui nous fait face tant que nous ne viserons pas au-delà, tant que nous ne discernerons pas, ne fût-ce que par une image, les contours du monde que nous désirons, un monde qui laisse place à toutes sortes de mondes. Nous lisons dans À nos amis : « Ce n’est pas la faiblesse des luttes qui explique l’évanouissement de toute perspective révolutionnaire ; c’est l’absence de perspective révolutionnaire crédible qui explique la faiblesse des luttes. Obsédés que nous sommes par une idée politique de la révolution, nous avons négligé sa dimension technique. Une perspective révolutionnaire ne porte plus sur la réorganisation institutionnelle de la société, mais sur la configuration technique des mondes. »

Cela nous semble plus juste que jamais. En fait de campagne électorale, c’est peut-être de cela que nous devrions discuter, dans chaque quartier, dans chaque ville, dans chaque campagne, dans l’année qui vient. L’humanité et la terre sont en piteux état. Partout, les êtres se construisent sur des failles narcissiques gigantesques. Même les esprits les plus modérés se sont faits à l’idée que nous n’allons pas pouvoir continuer à vivre ainsi. Nous sommes arrivés à une extrémité de la civilisation. Un bouleversement est nécessaire. Nous n’y couperons pas. Et ce bouleversement ne sera pas seulement social, il sera d’abord existentiel.

La vie sociale actuelle recouvre de son vernis des profondeurs d’angoisse, des terreurs parfaitement palpables. Paradoxalement, c’est en nous abîmant en nous-mêmes, en nous laissant tomber que nous retrouverons le monde, le monde commun. Et non dans une socialisation plus accomplie de la société.

Ce qu’il y a d’inévitablement superficiel dans tout discours politique, le condamne aux oreilles de nos contemporains. Le « blocage total » se fera lorsqu’il n’éveillera plus le « spectre de la pénurie », lorsque l’angoisse économique du manque ne pourra plus servir d’épouvantail entre les mains des gouvernants, lorsque nous nous sentirons liés en vérité. On n’a jamais vu des millions de personnes se laisser mourir de faim, a fortiori des millions de personnes ayant lutté ensemble.

Alors, nous percevrons dans la mise à l’arrêt de l’organisation économique du monde non plus une menace, mais l’occasion enfin offerte de trouver d’autres manières de faire, d’accéder à une vie nouvelle, plus vivante, plus éclatante, enfin puissante. Cette sérénité-là, c’est elle, le « coup fatal ».

Oui mais, et l’Euro de football alors…

Vous voulez dire : un plan gouvernemental qui, à peine commencé, n’a pas l’air de se dérouler tout à fait sans accroc… Imaginons donc que cette destitution ait eu lieu, qu’est-ce qui se passe ensuite ? C’est quoi le jour d’après ? La destitution, mais c’est d’ores et déjà cela qui est à l’oeuvre depuis des mois dans chacune des rencontres, dans chacune des audaces qui font la vitalité de ce « mouvement ». La question du jour d’après, de ce qui se passe ensuite, bref : l’angoisse des garanties, voilà bien ce qui n’a aucun sens dans l’actualité intégrale de la mêlée. Comme disait l’autre, « Hic Rhodus, hic salta » : « C’est ici qu’est la peur, c’est ici qu’il faut sauter. »

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Julien Coupat: «La loi travail est l’affront qui fait monter au front» https://www.mediapart.fr – 13. Juni 2016

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